Deuxième partie : 1944 à 1968

L'Association du Nouveau-Brunswick pour l'économie familiale a poursuivi sa croissance pendant les années de guerre et les années qui suivirent. Bien que peu visible au niveau des membres (le nombre de cotisants a varié de 30 à 60 de 1944 à 1950), cette croissance était évidente dans les progrès effectués par l'Association. En 1944, huit comités étaient actifs au sein de l'association provinciale, la moitié étant présidés par des économistes familiales professionnelles oeuvrant au sein du système scolaire, des hôpitaux, du ministère de l'Éducation et du ministère de l'Agriculture.

Le comité d'éducation a rapidement pris conscience des besoins d'une société changeante et, en 1944, a insisté pour l'inclusion des garçons dans les cours d'économie familiale, la prestation d'un programme de santé et vie communautaire pour les élèves de sixième année et d'orientation professionnelle dans les écoles pour encourager les élèves à s'intéresser à l'économie familiale. Le comité cherchait à normaliser les programmes de cours d'économie familiale dans la province dans le but d'établir une norme définitive pour les cours préalables au diplôme.

L'idée d'établir une bourse d'études pour aider les élèves d'économie familiale à poursuivre leur formation postsecondaire a été adoptée lors du congrès de 1944 à Fredericton. La question des salaires pour les économistes familiales professionnelles a aussi été discutée, et on était d'avis que les femmes n'oeuvreraient tout simplement pas dans ce domaine si les salaires étaient peu élevés.

C'est alors que des sondages au plan national ont démontré que le régime alimentaire des Canadiens était peu nutritif. L'Association, par l'intermédiaire de comité de nutrition, a joué un rôle actif dans la Campagne canadienne de nutrition et a apporté sa contribution dans les écoles au moyen des programmes de déjeuner à l'école. En 1944, l'Association espérait que des salles à manger seraient aménagées dans toutes les écoles rurales et que les enseignants auraient les connaissances alimentaires nécessaires pour vraiment en tirer profit. Au moment de l'adoption de la Loi sur l'assistance des écoles rurales en 1943, ces écoles ayant un programme de déjeuner sont devenues admissibles à des subventions.

Lors d'une réunion de la direction de l'Association en 1945, un comité des résolutions a été créé et, lors du congrès annuel à Moncton cette même année, les résolutions suivantes ont été adoptées : que l'Institut féminin du Nouveau-Brunswick soit invité à donner 100 $ pour aider à soutenir un élève de milieu rural à se spécialiser en économie familiale, que l'Association canadienne d'économie familiale soit invitée à accorder son appui à la demande de l'Association voulant que soit appliqué le principe du salaire égal pour un travail égal, et que l'Association recommande au ministère de l'Éducation que des crédits universitaires soient accordés pour les cours d'été.

Au cours de ce congrès, on a discuté de la possibilité de créer un comité conjoint comptant des représentants des trois provinces maritimes en vue de se pencher sur les préoccupations régionales ou tout au moins pour coopérer à la planification d'un congrès national prévu pour 1947. La présidente sortante, Doris Runciman, a invité fortement les membres "... en tant qu'économistes familiales à former de fortes associations professionnelles afin que tous et toutes fassent leur part à cette fin".

La nutrition a continué d'être le thème majeur des congrès annuels de l'Association pendant les années d'après-guerre. Parmi les conférencières invitées, on peut noter Mlle Margaret McCready, directrice du School of Household Science au collège McDonald, université McGill, Mlle Juanita Archibald, nutritionniste au ministère de la Santé de la Nouvelle-Écosse et Mlle Pauline Goode du ministère de la Santé et du Bien-être àOttawa.

En 1946, Jean Webb, directrice des services nutritionnels, mentionnait à l'Association que la solution aux problèmes de nutrition au Canada était liée en grande partie à l'éducation, particulièrement par l'entremise des personnes possédant une formation d'économistes familiales. Mlle Corrine Trerice, nutritionniste à la Société canadienne de la Croix-Rouge, a réitéré ce fait. Elle a souligné que la meilleure façon d'améliorer la situation alimentaire des Canadiens serait par un travail de collaboration entre des associations comme la sienne et les autres groupes intéressés comme la NBHEA.

Pendant tout ce temps, l'Association avait mis sur pied des cercles de confection de vêtements et offrait des cours sommaires de couture par l'entremise du ministère de l'Agriculture. Deux de ses membres avaient compilé un livre de recettes pour les "mariées de langue anglaise" venant au NB après la guerre et l'Association commençait à examiner la nécessité de cours d'éducation sexuelle dans son programme de vie familiale. Dès 1948, l'Association comprenait au moins 43 membres, dont des travailleurs en milieu rural des ministères de l'Agriculture et de la Santé, de même que des professeurs dans les écoles primaires et secondaires, les écoles professionnelles et les collèges. Certaines des enseignantes ont souligné lors du congrès qu'elles avaient suivi des cours d'été sur la confection de robes, la cuisine diététique, les vêtements, les méthodes, la psychologie et le soin des enfants.

En 1949, la première conférence de l'Association d'économie familiale des Maritimes s'est tenue à Amherst, où se sont rassemblées plus de 150 économistes familiales du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de l'Île-du-Prince-Édouard. Les liens qui avaient été créés dès 1918 s'étaient en effet étendus. L'atmosphère était enthousiaste lorsque la présidente de l'Association, Florence Swan, s'est adressée aux membres lors du congrès annuel de l'Association provinciale au cours de la deuxième journée du congrès des Maritimes. "J'espère que chacune d'entre nous... recevra à la fois une inspiration et une assistance pratique de la part des experts de notre domaine qui sont venus nous adresser la parole, et que nous pourrons enrichir notre tâche quotidienne d'un nouvel enthousiasme résultant de nos contacts personnels et professionnels."

Les conférenciers invités à ce congrès des Maritimes comprenaient notamment des diététistes et des professeurs d'économie familiale et de biochimie. Parmi les sujets discutés, on peut noter : l'éducation à la vie familiale, l'hygiène mentale et le service alimentaire dans les établissements. Le congrès a connu un succès énorme et les membres de l'Association ont alors atteint un nouveau sommet de 69 cette année-là.

Entre 1945 et 1955, une entente fédérale-provinciale connue sous le nom de Vocational School Assistance Agreement a fourni les fonds nécessaires pour l'expansion de l'enseignement professionnel. En 1949, la troisième école professionnelle de la province, l'Institut technique du Nouveau-Brunswick, ouvrait ses portes à Moncton. Dès lors, un cours uniforme de «Household Science» était offert dans 11 écoles urbaines polyvalentes et 7 écoles secondaires régionales dans l'ensemble de la province. À l'automne 1950, 5 autres écoles secondaires régionales ouvraient leurs portes, pour un total de 23.

Il s'agit d'une période d'affluence d'après-guerre. Les membres de l'Association sont passés à 86 en 1955, y compris 50 enseignantes, 18 économistes familiales sans emplois, 10 diététistes et 5 conseillères agricoles. Les archives de la province dénombrent plus de 200 économistes familiales. Au moment même où elle allait de l'avant et faisait des plans pour l'avenir, l'Association s'interrogeait sur ses origines et prenait des mesures pour sauvegarder son passé.

Dans son mot de la présidente, Forence Swan mentionnait aux membres au congrès de 1950 à Sussex que les plans futurs comprendraient une étude détaillée de la constitution de l'Association afin que les membres puissent suivre plus étroitement les buts et objectifs établis par les fondatrices de l'Association. Elle a encouragé l'Association à considérer la possibilité d'établir des liens étroits avec le Conseil canadien des femmes, l'Association canadienne des diététistes et l'Association des consommateurs du Canada. Elle recommandait que les comités permanents élargissent leurs rangs et que leur travail reflète une coopération plus étroite avec les comités de l'Association canadienne d'économie familiale. Florence Swan a également suggéré que l'Association travaille à la promotion des cercles d'économie familiale locaux et scolaires.

À cette convention, l'Association a voté pour décerner son premier titre de membre honoraire à Almira Young Bowden. Mme Bowden avait obtenu son diplôme de l'école de Household Science de l'université Mount Allison en 1905 et a été l'une des premières enseignantes d'économie familiale au NB.

Au congrès suivant, soit en 1951, l'Association comptait 82 membres, un Comité des archives avait été formé et il existait des chapitres affiliés à l'Association à Moncton, Saint-Jean et Fredericton.

Pendant ce temps, le ministère de l'Éducation apportait des changements qui auraient des répercussions immédiates sur l'économie familiale au NB. En 1952, une licence en enseignement secondaire de métiers était introduite, et, l'année suivante, le programme de deux ans en économie familiale était transféré du Saint John Vocational School au Teachers’College de Fredericton. À son congrès de 1953 à Amherst, l'Association mettait sur pied un comité pour étudier la question de l'accréditation des enseignantes d'économie familiale au Nouveau-Brunswick.

Le travail des comités de l'Association s'est ensuite poursuivi. Le Comité de bibliothèque a maintenu une correspondance régulière avec les principales entreprises industrielles, manufacturières et commerciales oeuvrant dans la confection et l'alimentation. Le Comité de publicité utilisait ses contacts avec la presse et la radio pour informer le public au sujet des activités de l'Association. Lors du congrès de 1956, Helen Crocker, présidente du Comité de vie familiale, suggérait que l'Association publie un livre de recettes qui puisse être vendu avant le congrès de l'Association canadienne prévu pour Saint Andrews en 1958.

L'année suivante à Amherst, l'Association formait un comité pour étudier la faisabilité de l'établissement d'un fonds de bourses d'études et l'idée d'Helen Crocker de composer un livre de recettes était adoptée avec enthousiasme. Une motion visant à prêter au Comité du livre de recettes un montant de 100 $ pour ses dépenses de démarrage était adoptée au congrès de 1957, et Mme Crocker demandait que les membres soumettent des «recettes dactylographiées selon une présentation normalisée». Ce livre devait promouvoir les produits du NB.

Au congrès des Maritimes à Saint Andrews en 1958, 500 exemplaires du livre, «New Brunswick Recipes» étaient distribués aux trois associations des Maritimes. Des exemplaires de ce livre de recettes ont également été présentés au bureau du tourisme de Fredericton.

En 1961, Elaine Neilson, une étudiante de Mount Allison originaire de New Denmark, NB, recevait la première bourse de l'Association d'une valeur de 300 $. Un besoin qui avait été constaté 17 ans plus tôt était maintenant comblé.

Lors du congrès de 1961 à Amherst, la présidente de l'Association, Isabel Kane, rendait hommage à l'ex-présidente Doris Runciman pour les nombreuses années de recherche et de travail acharné qu'elle avait consacrées à l'impression de la constitution de l'Association.

Bien que nos archives soient avares de renseignements pour les années 1962 à 1968, certains documents indiquent que l'Association était vivante et bien portante. En 1966 par exemple, l'Association provinciale tenait pour la première fois au NB le congrès de l'Association d'économie familiale de l'Atlantique. Le Comité d'éducation, au nom de l'Association, envoyait des lettres au premier ministre Louis Robichaud et au ministre de l'Éducation W. W. Meldrum pour s'opposer à la décision du gouvernement de rayer l'économie familiale du programme de cours de septième année. Grâce au travail continu du Comité du livre de recettes, l'Association était en mesure d'offrir deux bourses en 1967 (une pratique qui se poursuit aujourd'hui) et a publié la version française de ce même livre.

En 1967, le diplôme d'économie familiale était abandonné à l'université Mount Allison. La même année, l'École des sciences domestiques ouvrait ses portes à l'Université de Moncton, offrant un Baccalauréat en sciences domestiques (mention enseignement ou nutrition/diététique), offrant ainsi le seul programme menant à un diplôme en économie familiale dans la province.

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